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La phobie sociale

La phobie sociale, ou encore l’anxiété sociale est un trouble psychologique que l’on peut caractériser comme étant « la peur des autres » ou encore une timidité extrême. C’est un trouble très pénible à vivre, car il nous empêche d’exprimer librement qui nous sommes en société et il provoque en nous un état de tension permanent.

Je vais décrire dans ce texte les caractéristiques de ce trouble, puis je donnerai mon avis quant aux processus internes et externes qu’il implique. J’évoquerai aussi les éventuelles causes qui en seraient l’origine. Finalement je donnerai quelques pistes pour le traitement de l’anxiété sociale.

Définition

La phobie sociale ou anxiété sociale se définit comme une peur persistante de diverses situations sociales ou nous sommes sujet au regard des autres. C’est le trouble par excellence de « la peur du regard des autres ». L’anxieux va alors choisir d’éviter les situations génératrices de son malaise ce qui va considérablement réduire sa liberté.

Les situations qui provoquent la peur et l’évitement

Ces situations sont dites « sociales », car elles impliquent toujours la présence d’autres personnes : en effet un anxieux social n’a pas peur lorsqu’il est seul chez lui .

Voici quelques situations habituellement génératrices d’anxiété:

  • parler en public
  • manger devant d’autres personnes
  • boire un café seul dans un Tea-room, sur une terrasse ou dans un bistrot.
  • manger seul dans une cafétéria
  • exprimer son opinion en groupe
  • être observé lorsque l’on travail
  • téléphoner en public
  • téléphoner pour demander des informations
  • demander des renseignements dans un magasin, dans la rue ou au restaurant
  • avoir peur de rougir devant les gens, appelé « éreutophobie »
  • avoir peur de trembler en public
  • aller seul au cinéma, à un concert, au théatre ou même se promener.

Les symptômes physiques de l’anxiété

Ces symptômes peuvent aller jusqu’à l’attaque de panique que j’ai décrite dans le texte sur l’agoraphobie (XXXXX hyperlien). Mais cela est assez rare et la plupart du temps l’anxiété est de très forte intensité sans pour autant atteindre son paroxysme.

Voici les symptômes physiques fréquemments décris :

  •  « la tête vide » : nous ne savons pas quoi dire, ni quoi répondre, comme si notre tête est vide.
  •  impression d’être paralysé
  •  les mains sont moites due à la transpiration. Ce symptôme est très classique et il est fréquent de pouvoir poser le diagnostique d’anxiété sociale rien qu’en serrant la main de quelqu’un – je dis cela avec une note d’humour, mais cela reste néanmoins passablement vrai.
  •  rougissement
  •  tremblement
  •  souffle coupé et difficultés respiratoires
  •  le cœur bat vite, appelé « tachycardie »
  •  difficulté de regarder les gens dans les yeux
  •  évitement et fuite de situations sociales
  •  tensions musculaires

 

Les symptômes mentaux : les pensées

Les pensées types dans l’anxiété sociale sont les suivantes :

  •  ils vont penser que je ne suis pas assez beau/belle, intelligent(e), intéressant(e)
  •  ils vont voir que je suis mal à l’aise
  •  tout le monde me regarde
  •  je suis nul, je ne suis pas à la hauteur

 

Les symptômes émotionnels

L’émotion dominante chez l’anxieux social est bien entendu la peur. Cette peur se projette sur tout les temps possible :

1) le futur : grâce à la pensée qui prévoit les situations futurs, l’anxieux imagine la situation pénible qu’il va devoir affronter le lendemain et son sommeil en sera troublé.

2) le présent : en situation, l’anxieux ressent une forte anxiété qui peut aller jusqu’à l’attaque de panique.

3) le passé : l’anxieux social passe en revue dans sa tête les événements et les discussions de la journée tout en se demandant s’il a bien agi et dit les bonnes paroles. La réponse qu’il apporte à cette question est bien entendu négative: « Tu aurais du faire ceci, tu aurais du dire cela».

Nous pouvons donc dire, avec humour, que dans l’anxiété sociale la peur est éternelle : elle concerne le passé, le présent et le futur.

Honte, culpabilité, perfectionnisme et sentiment d’infériorité dans l’anxiété sociale

Le monde intérieur de l’anxieux social est fait d’une grande tension, de jugements sur soi constamment négatif, d’une hypervigilance envers les autres dans le but de scruter leurs éventuels jugements négatifs et de sentiments de culpabilité et de honte.

La honte et la culpabilité ne sont pas à proprement parlé considéré par les psychologues comme des émotions, mais plutôt comme des sentiments. Mais cette distinction est peu importante pour notre sujet. Ce qui l’est par contre est la grande proximité de ces deux sentiments. La culpabilité, que nous connaissons tous, est l’impression désagréable que nous avons fait quelque chose de faux ou de mal. Elle est un sentiment important, car son rôle semble être de nous indiquer le chemin de l’harmonie avec les autres et nous-mêmes : lorsque nous faisons du mal aux autres ou à nous-même, elle nous indique, par une impression désagréable, qu’il nous faut changer le cours de notre action. Elle est suivie généralement d’un sentiment d’inadéquation et par l’impression d’être nul. Dans le cas d’une personnalité harmonieuse, ce sentiment ne dure pas : l’individu prend note de son erreur, puis il s’efforce de ne pas la reproduire . Le sentiment de non valeur est alors passagé. Par contre, dans le cas d’une personne souffrant d’une mauvaise estime de soi, la « faute » ou l’erreur vient nourrir le sentiment d’infériorité déjà présent sous forme latente et agit comme une confirmation de la non valeur de la personne : « je suis nul et en voilà la preuve ».

La honte, quant à elle, est le versant social de la culpabilité, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une sorte de crainte que l’autre voit que nous avons fait quelque chose de faux ou de mal. L’autre viendrait alors à penser que nous sommes nul et donc inférieur. Je considère donc la honte comme une projection sociale du sentiment de culpabilité. L’anxieux social est fortement sujet à la honte et il fait tout les efforts possibles pour l’éviter.

Mais il y a un « mais ». En effet, il semblerait que pour beaucoup d’entre-nous il y’ait une distorsion dans le système interne qui traite la culpabilité et la honte : nous nous sentons coupable pour des paroles, des actes ou des émotions pour lesquels nous n’avons pas à l’être. Et cela est dû à l’existence en chacun de nous d’un sentiment d’infériorité plus ou moins marqué. Un fort sentiment d’infériorité agit comme un puissant aimant constamment actif dans notre monde intérieur. Il va se manifester par des pensés négatives à notre égard, tel que des jugements de valeurs tyranniques :  « tu es nul, tu n’y arriveras jamais, tu as raté ta vie, tu n’es qu’un bon à rien ».

Nous observons alors plusieurs scénarii de la boucle sentiment d’infériorité-culpabilité/honte

– une culpabilité saine et normale active le sentiment d’infériorité et nous plongeons dans la non-valeur. Exemple : nous blessons quelqu’un par une parole. Il est normal de le reconnaître et d’utiliser cela pour grandir et il y n’a pas besoin de s’en vouloir éternellement. Mais un fort sentiment d’infériorité nous empêche d’intégrer notre simple erreur et de passer à autre chose.

– Le sentiment d’infériorité fait que nous interprétons les événements de notre vie avec un filtre négatif et le résultat est que même lorsque nous avons bien agit, nous nous en voulons de ne pas voir fait mieux. Et voilà la culpabilité qui pointe.

Le perfectionnisme dans l’anxiété sociale

Toujours dans le domaine du vécu intime, le perfectionnisme joue un rôle prépondérant chez les personnes souffrant d’anxiété sociale. Il n’y a pas plus exigeant avec soi-même qu’un phobique social !

Le perfectionisme de l’anxieux social est une forme d’hyper exigence liée à la performance, dans le but de guérir un profond sentiment d’infériorité. L’anxieux vit un constant sentiment de non valeur qu’il cherche à dépasser. Il essaye donc d’atteindre un but idéal et parfait, comme être le meilleur dans tel ou tel branche, espérant ainsi prouver au monde et à lui-même qu’il n’est pas inférieur. Le problème est que le but qu’il vise n’est la plus part du temps pas réaliste et d’autre part, s’il l’est, son schéma de pensée négatif ne peut que tourner sa réussite en échec : « c’est bien, mais ça aurait pu être mieux ». Le drame de cette histoire, c’est que le perfectionisme est un schéma mental paradoxal: quelle que soit la qualité de la performance, elle est jugée insufisante. En voulant guérir son sentiment d’infériorité, l’anxieux social ne fait que le nourrir à l’infini. C’est donc une boucle qui tourne sans fin, une recherche éternellement vouée à l’échec. Voici comment fonctionne le schéma du perfectioniste

1) tu dois être parfait

2) mais quoi que tu fasses, tu aurais pu faire mieux.

3) donc tu n’es pas parfait

4) tu as échoué

5) c’est une confirmation que tu es nul –sentiment d’infériorité

6) essaye encore…peut-être décrocheras-tu le jackpot un de ces jours et tu prouveras ainsi au monde et à toi-même que tu n’es pas nul.

7) retour à la case numéro 1.

Les causes du sentiment d’infériorité

En ce qui me concerne, je pense qu’il existe trois facteurs générateurs du sentiment d’infériorité et de la culpabilité.

1) la famille : c’est le lieu où nous apprenons ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Nous apprenons comment vivre avec les autres, comment partager, prendre soin de nous-même et des autres. Mais c’est aussi le lieu où nous pouvons reçevoir des informations distordues sur la culpabilité lorsque l’environnement familial est rigide voir même toxique. Nous pouvons sortir de notre famille avec un sentiment d’infériorité important.

2) la société : chaque culture définit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Il est donc probable que la forme que prend la culpabilité dépend en partie de la culture dans laquelle nous vivons.

3) le fait d’être humain – niveau génétique : il est probable que nous soyons cablé pour ressentir la culpabilité et le sentiment d’infériorité. Alfred Adler disait qu ‘  « être humain s’est se sentir inférieur ». Malgré toute la connaissance que nous pensons avoir, l’histoire de l’être humain est marquée par une angoisse de survie face à des événements qui le dépassent. Nous nous sentons petit face au mystère de la vie et de l’univers.

Il est probable que ces trois dimensions, la famille, la culture et la génétique puisse produire l’existence du sentiment d’infériorité paroxystique, c’est-à-dire grandiose et toxique, mais également un sentiment d’infériorité tout à fait sain.

En effet, je pense qu’il est tout à fait normal de ressentir un certain sentiment d’infériorité, dans la mesure où il n’est pas écrasant et je ne suis absolument pas de l’avis que nous devons, ni ne pouvons l’éradiquer entièrement. La santé mentale à ce niveau se défini, à mon avis, par la douceur que nous pouvons développer face à nos propres imperfections.

Deux sortes d’anxieux social

Avant d’esquisser des éléments de traitement, notons qu’il existe deux catégories assez différentes de phobique sociaux :

  1. le phobique. Il est toujours d’accord et ne dira jamais vraiment ce qu’il pense. C’est aussi celui qui sera « lisse », c’est-à-dire, qu’il passe inaperçu et il est généralement discret en groupe. Il s’habille comme tout le monde, sans originalité, mais avec goût. Il ne détonne en aucun cas.
  2. Le contre-phobique. Il est fort différent du phobique dans sa manière de se présenter, car il se bat contre sa phobie, c’est-à-dire qu’il se singularise à l’extrême. Mais il souffre tout autant de perfectionnisme et de la peur du regard des autres. Les contre-phobiques jouent souvent les clowns, sont provocateurs, et parfois terriblement solitaire.

Traitement

Le traitement de la phobie sociale dure selon mon expérience et certaines données cliniques environ une année et demi. C’est bien entendu une moyenne.

J’utilise personnellement trois techniques : l’exposition pour les comportements (l’évitement) et les émotions (la peur), la méditation pour les émotions, les sensations et les pensées et finalement un travail cognitif de restructuration des pensées afin d’assouplir le perfectionnisme et d’augmenter l’acceptation de soi.

  1. L’exposition.

Cette technique issue de la thérapie Cognitivo-Comportementale fonctionne à merveille pour l’anxiété sociale. Elle consiste à s’exposer à des situations que nous évitons d’habitude, car celles-ci provoquent de la peur et de l’anxiété.  Nous nous exposons d’abord à des situations qui provoquent une peur légère à modérée et nous restons dans la situation jusqu’à ce que l’anxiété ait diminué de moitié. Exemples : rester seul sur une terrasse de café, aller seul au cinéma, manger seul dans une cafétériat ou encore demander des renseignements dans un magasin. Petit-à-petit nous pouvons nous confronter à des situations plus anxiogènes et la peur fini par disparaître

L’exposition nous permet de voir que ce que nous craignions ne se produit pas. De plus, nous apprenons à accepter l’anxiété et nous observons qu’elle tend à diminuer au bout d’un certain temps.

Il est probable que notre cerveau restructure de lui-même nos schémas pathologiques grâce à l’exposition. C’est pour moi une des techniques les plus efficaces.

  1. La méditation.

J’ai décris dans ce texte les effets de la méditation et je n’y reviendrai pas ici. Je signale cependant que pour moi la méditation devrait être pratiquée par tous les phobiques sociaux. Il existe plusieurs techniques de méditation, mais celle que je trouve appropriée dans ce cas là est la Mindfulness ou le Vipassana. Nous apprenons ainsi à nous observer sans nous juger, ainsi qu’à nous détendre. Nous apprenons aussi à nous distancer des pensées, ce qui fait qu’elles perdent de leurs force lorsqu’elles nous envahissent.

Mais attention au perfectionnisme dans la méditation ! L’anxieux social va vouloir être parfaitement concentré, or ceci n’est pas une bonne attitude méditative. Il doit apprendre l’effort sans effort et cela lui sera vraiment bénéfique.

  1. Le travail sur les cognitions.

Il est important d’assouplir le schéma de perfectionnisme afin de sortir de la boucle malsaine que j’ai présentée plus haut. L’anxieux doit apprendre la douceur à son égard. C’est durant cette phase qu’un travail sur l’enfance et les figures parentales peut être effectué. Diminuer le perfectionnisme permet de diminuer le sentiment d’infériorité et d’accéder à une certaine estime de soi.

La dimension spirituelle de la phobie sociale

Finalement, la grande leçon que peuvent apprendre les anxieux sociaux c’est l’acceptation de leur imperfection. Ils doivent apprendre à se détendre dans l’être qu’ils sont. Ceci est une chose que nous devons tous faire, mais l’anxieux social n’a pas le choix : il est obligé d’effectuer ce travail s’il désire exprimer qui il est et se détendre.

Nous ne pouvons être parfait, mais nous pouvons parfaitement être nous.

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